Par Monsieur Mots
, 3 mars 2026
Dans les années 50, prendre l’avion constituait en soi toute une expérience : bruits assourdissants des hélices, vibrations des moteurs à pistons, gentilles hôtesses, repas exquis et pilote tiré aux quatre épingles ; mais pour la plupart des gens, ce mode de transport était inaccessible. Certains courageux se rendaient en Floride avec leur véhicule : Fort Lauderdale, Miami Beach, Daytona… Mes premiers voyages : le lac Brompton depuis Windsor, puis la vieille ville de Québec en auto. Le grand luxe : Old Orchard Beach ou Ogunquit à mon adolescence. Mon premier envol : à 25 ans, pour aller travailler à...
Par Monsieur Mots
, 5 février 2026
Rabougrie, à désirer s’émanciper trop vite, elle n’a pas su garder sa tête, elle qui ne souhaitait que toucher au ciel. La forêt qui m’entoure est composée en bonne partie de troncs d’arbres morts, avant tout d’épinettes. Celles-ci constituent la principale essence de mon taillis. Chaque hiver amène ses bourrasques et sa neige trop lourde. À vouloir préserver que sa cime bien garnie, le vent lui casse le cou. Seules les vertes, les plus fournies à leur sommet, celles qui conservent la chlorophylle, couleur de l’espoir dans cette saison si froide, se font décapiter. D’autres, les pieds enfouis dans un...
Par Monsieur Mots
, 24 novembre 2025
Cette photo par Auteur inconnu est soumise à la licence CC BY-SA-NC Avez-vous déjà observé un chevreuil de près, de très près ? Avez-vous alors fixé son regard ? D’un noir si profond qu’il vous en glace l’âme. Il craint peut-être que le moment de l’ultime renoncement et d’abnégation est arrivé. Ou ce petit frisson qui vous parcours le dos reflète peut-être votre malaise d’être examiné jusqu’au plus profond de votre personne. Moi ou toi, qui la mort frappera le premier ? Cette bête de nos bois incarne le grand manitou ou l’esprit de la forêt. Il demande peu, demeure...
Par Monsieur Mots
, 28 octobre 2025
Elle était seule. Rapide, fuselée, son corps s’harmonisant avec le relief de ce paysage de début d’été. Brune, presque châtaigne, sa longue queue noire, ses yeux espiègles et ses petites oreilles rondes aidaient à deviner qu’il s’agissait bien d’une loutre de rivière, la seule espèce au Québec. Ma dernière rencontre de cette enjôleuse remontait à plus de 15 ans. Je l’avais surpris vidant l’étang artificiel de mon voisin de ses poissons rouges. Rapide, sans remord, agilité pure, déesse des premières soirées d’été. Quelle belle surprise. Le lendemain, j’ai vite reconnu ses traces à notre marina, belle coquine. Le marche-pied de...
Par Monsieur Mots
, 30 juin 2025
Alors que nos voisins du Sud s’amusaient à faire la pluie et le beau temps, la tête dans les nuages, trempé, les pieds dans une flaque d’eau, je me demandais pourquoi le ciel nous tombait sur la caboche et si c’était la fête à la grenouille. Bruine puis premier grain, brume, crachin, averse, giboulée, ondée, pluie, orage, éclair, tonnerre, grêle : que de précipitations! Pas d’ouragan ni de déluge, mais : bouette, débordement, chemins pleins de nids de poule ou emportés par la crue des flots, cataractes et cascades là où il n’existait qu’une rigole, champs et maisons inondés. Quelques...
Par Monsieur Mots
, 1 juin 2025
Il n’a pas perdu son bec mon « Turdus Migratorius », mais bien son rejeton et depuis il a cessé de chanter. Le printemps venu, quel plaisir d’observer un nouveau nid sur la charpente de mon hangar ! Impressionnant par sa grosseur, je m’interrogeais sur ces habitants. Je fis rapidement connaissance des locataires en tentant de rentrer dans mon garage et ils étaient bien décidés à protéger leur territoire. Il s’agissait bien d’un couple : deux merles arrivés du sud dès les dernières neiges tombées ; leur poitrine rousse rayonnante promesse de renouveau. Sautillant de plaque en plaque de terre...
Par Monsieur Mots
, 3 mai 2025
Peu de quadrupèdes possèdent la capacité de se tenir debout. Des millions d’années ont été nécessaires à notre évolution pour nous permettre une démarche fluide. Rien de plus beau que de voir un enfant faire ses premiers pas : processus complexe de maturation et d’intégration afin de trouver son équilibre. Non sans douleur, la station debout est une posture dangereuse. Chutes, entorses, commotions, éraflures sont prévisibles, mais position combien convoitée : déplacement plus rapide, découverte du monde et de la liberté. La perte du permis de conduire, qui arrivent à tous ceux ayant la chance de vivre vieux, n’est rien...
Par Monsieur Mots
, 5 avril 2025
J’ai connu celle-ci en 1968. Entre l’invention de la Matchbox et la Hotwheels. Rapide, mais fragile, entretien régulier nécessaire, piste de course fixe et fastidieuse à assembler; on se blasait vite de faire des 8 ou de la remettre sur le sillon. Pourtant, elle avait occasionné bien des sacrifices à mes parents. Mais la Hotwheels! L’innovation du siècle: grâce à ces essieux à peu de friction, elle allait où nous voulions d’une simple poussée du doigt. Elle envoyait l’indestructible Matchbox aux oubliettes. Pas de pile ou de transformateur requis, son trajet n’avait d’égal que les limites de notre imagination. Elle...
Par Monsieur Mots
, 6 mars 2025
Vers 1700, voies utilisées par les autochtones pour rejoindre la Nouvelle Angleterre. En haut : fleuve Saint-Laurent, le lac Saint-Pierre et la rivière Saint-François. En bas la Nouvelle-Angleterre. Nous habitons un territoire longtemps parcouru par les autochtones : Iroquois du fl euve jusqu’en 1580, puis Abénakis. Le lac Brompton fait partie d’un vaste réseau qu’ils fréquentaient pour la chasse et la pêche. Leur présence s’estompe à partir du milieu du XVIIIe siècle, s’accélère avec le début de la colonisation des Cantons de l’Est ; ils seront désormais confi nés à leurs réserves vers 1850. À la tête du lac, des...
Par Monsieur Mots
, 3 février 2025
Début novembre, je termine de corder le bois pour l’hiver. Soudain, un éclair traverse le sentier derrière ma maison. Furtive, fugace, inopinée et rapide, la bête me scruta : proie trop grosse, se dit-elle. Elle continua sa course; emportant avec elle grâce et félinité. Blancheur éclatante sur fond de feuilles orangées fraichement tombées, elle me conquit dès l’instant que nos regards se sont croisés. Taille fine, élancée, oreilles bien tendues, petits yeux vifs dont la profondeur révèle l’intelligence. Propreté indéniable jusqu’au bout de sa queue : que dire de ses ongles? L’élégance redéfinie. Férocité pressentie. Hermine? Belette? Vison? Marte? Mâle...