Le Saint-Denisien

Flic, flac, floc : il pleut, il mouille, c’est la fête de la grenouille…

Par Monsieur Mots

, 30 juin 2025

Alors que nos voisins du Sud s’amusaient à faire la pluie et le beau temps, la tête dans les nuages, trempé, les pieds dans une flaque d’eau, je me demandais pourquoi le ciel nous tombait sur la caboche et si c’était la fête à la grenouille. Bruine puis premier grain, brume, crachin, averse, giboulée, ondée, pluie, orage, éclair, tonnerre, grêle : que de précipitations! Pas d’ouragan ni de déluge, mais : bouette, débordement, chemins pleins de nids de poule ou emportés par la crue des flots, cataractes et cascades là où il n’existait qu’une rigole, champs et maisons inondés. Quelques glissements de terrain, ces traitres pouvant vous dérober le sol sous vos pieds; même la terre avait son trop-plein d’eau. Pauvres cultivateurs: labours compliqués sinon impossibles à réaliser ; les semences trop arrosées, perdues, entraînées par le ruissellement ou pourries avant leur germination.

Comme si la mousson voulait changer d’hémisphère.

Les limaces et les vers de terre s’en donnaient à corps joie. Les merles, peu contrariés, ne se plaignaient pas trop: quel festin dans toute cette flotte ! Après tout, ils n’étaient pas nés de la dernière pluie. Et quoi qu’il mouille, rien ne vaut un estomac bien rempli. Seuls les bourdons, les abeilles et les guêpes semblaient étourdis pour toutes ses gouttelettes qui leur tombaient dessus. Les goujons meuniers, eux, ont vécu une montaison abondante : le niveau de mon ruisseau jamais aussi élevé en mai. Même mon auto paraissait plus propre, bien rincée par ces fortes douches.

Combien de milliards de litres d’eau (et de trillions de gouttes) ont été déversés sur le Québec? Assez pour bien remplir la Saint-François et le Saint-Laurent. La voie navigable de ce dernier n’est plus menacée.

Comme toute épreuve comporte ses bons côtés, efforçons-nous de les trouver:

  1.  Nous n’avons pas connu, ici du moins, de sécheresse ou de feu de forêt contrairement à nos amis de l’Ouest canadien.
  2. Si la météo de la Baie James ressemblait à la nôtre, Hydro-Québec pourra nous payer de meilleures redevances.
  3. Certains pays reçoivent moins de 1 cm d’eau par année, d’autres voient leurs lacs, rivières et fleuves asséchés.
  4. Vivaces, annuelles et arbres n’ont rien loupé: température parfaite pour les planter.
  5. Parler de la pluie et du mauvais temps entre amis occupe, c’est mieux que de s’échanger une pluie d’injures et de critiques.
  6. Changements climatiques obligent : revoyons nos habitudes de vie. Comment réduire ma production de carbone atmosphérique?

Mais, bien que l’humidité soit préférable à l’aridité, vient avec elle une carence de luminosité, une pénurie profonde de bleu: cette alternance du blanc ouaté des nuages, du gris des orages au bleu de l’espérance. Je m’ennuie de la vapeur qui remonte dans l’atmosphère et de la chaleur des rayons de soleil dès l’éclaircie arrivée. La morosité des « snowbirds », qui se sont mutés en « springbirds », se comprend : l’intensité de leur mélancolie certainement en relation avec leur taux sanguin de vitamine D. Notre planète se nomme : « la planète bleue ». On devrait coller à cette image un morceau d’ouate, juste assez gros pour recouvrir le Québec, question d’exactitude. J’ai les bleus comme on dit. Nostalgie du clapotis sur le toit qui endormait si agréablement : un grésillement presque continu accompagne désormais mes nuits d’insomnie.

Mais finissons sur quelques notes d’optimisme, car après vérification, nous n’avons pas battu de record pluviométrique. Rappelons-nous qu’après la pluie vient le beau temps et que la comptine « il pleut, il pleut, bergère » se termine bien: précisément par un mariage. Tout baigne finalement et vivement juin.