Elle était seule. Rapide, fuselée, son corps s’harmonisant avec le relief de ce paysage de début d’été. Brune, presque châtaigne, sa longue queue noire, ses yeux espiègles et ses petites oreilles rondes aidaient à deviner qu’il s’agissait bien d’une loutre de rivière, la seule espèce au Québec.
Ma dernière rencontre de cette enjôleuse remontait à plus de 15 ans. Je l’avais surpris vidant l’étang artificiel de mon voisin de ses poissons rouges. Rapide, sans remord, agilité pure, déesse des premières soirées d’été.
Quelle belle surprise.
Le lendemain, j’ai vite reconnu ses traces à notre marina, belle coquine. Le marche-pied de plusieurs embarcations encombré d’écailles de moules, aucune zébrée, témoignait de quelques repas festifs. S’empiffrer à souhait, rien de mieux. Merci la vie, a-t-on déjà vue une loutre bedonnante? La multitude de ces mollusques dans notre lac est signe, encore, d’une certaine qualité des eaux. Au grand malheur des propriétaires de ces énormes embarcations créées pour faire des vagues, j’y ai vu une belle vengeance pour tout le désordre créé pour les tonnes de limon riche en phosphate brassé et sans oublier tout le myriophylle à épis dispersé.
Début automne, c’est bien un couple qui est apparu. Espiègle, rien de plus beau dans mon quartier embourgeoisé.
Elles peuvent avoir leur première portée à seulement deux ans, de 2 à 6 petits. Le mâle quitte en sabbatique pour quelques semaines et reviens ensuite pour aider à élever les petits. Ceux-ci apprennent à nager après 8-12 semaines. Ma belle devait avoir eu ses petits en mars ou avril et son ami revenait au foyer alors que le vert des feuilles était à son zénith. Mais comment font-elles pour glisser sur le parterre comme nous l’hiver sur notre traîneau? La grâce à ses secrets et remarquez que celle-ci est un nom féminin.
Encore une fois.
Souhaitons voir leurs rejetons.
