Le Saint-Denisien

Nature s’il vous plait ? – On relâche ?

Par Monsieur Mots

, 4 juin 2024

La pêche constitue l’activité, sinon l’excuse, parfaite pour profiter de nos lacs, rivières et ruisseaux en harmonie avec la nature. Sans internet, sans téléphone et avec un niveau minimal de bruits.

Tout un système de valeurs l’entoure. Certaines règles d’éthiques prennent des années à apprendre et à intégrer dans sa pratique. Certaines sont dites, d’autres écrites et plusieurs sont transmises par les gestes et comportements de ses adeptes. Sans un mot. 

Une que nous apprenons tôt (pour certains …) : laisser l’endroit aussi propre sinon plus que lorsque nous nous y sommes introduit. C’est une loi protégeant la beauté. Nous avons besoin du magnifique dans notre vie, conservons ces lieux. Ne participons pas à sa pollution et dégradation.

Une deuxième est le silence. Cette activité est très proche de la méditation. Toute notre attention se porte sur la petite flotte retenant notre hameçon. Tout notre système nerveux et musculaire concentrés sur le moment où nous sentirons la morsure de la bête, du monstre, qui est toujours plus gros que le précèdent. C’est un passe-temps où notre pensée ralentie. Le multitâche s’éteint. Le signal radio devient plus clair. Donc, ami, silence. Je fais semblant de pêcher mais en fait résous un problème complexe qui m’habite depuis des mois et médite sur ma vie.

Une troisième est le « prends et relâches ». J’aime bien l’expression anglaise, plus fluente, réservée seulement pour cette activité : catch and release. C’est la plus difficile des règles à apprendre et à incorporer. La plus complexe à justifier. 

Nos amis autochtones souvent la critiquent. Pour eux, le poisson a une existence aussi valable que celle du pêcheur. Si le poisson se laisse prendre, c’est pour se faire manger. Il donne sa vie pour sauver la tienne. Vous ne mourrez pas l’estomac vide. Peut-être de froid mais pas de faim. La bête mérite toute notre reconnaissance et nous ne devons la faire souffrir inutilement. Imaginez le poisson : il croit mordre dans son repas préféré. Cette mouche se transforme en combat d’une vie. Et il se fait relâcher après avoir donné toute l’énergie qu’il avait. Je doute que ce poisson comprenne un jour ce qui vient de se passer. Quel genre de prédateur est-ce cette bête à 2 pattes – l’homme. Que me voulait-il ce sanguinaire ? 

Comment lui expliquer toute l’admiration que l’on lui porte. Comment lui dire merci. Merci de m’avoir donné un aussi beau combat. Tu mérites la vie. Et bien sûr, je protégerai encore mieux ta maison. Tu ne constitueras pas mon souper. Je te louange de m’enseigner à apprécier la nature. Tu es la persévérance : tu as survécu à toutes les attaques sur ton milieu naturel. Tu es une des raisons de ma présence aujourd’hui dans ce bateau mais non celle qui me fait venir et revenir te visiter. Sans ton existence, je n’aurais peut-être pas l’intelligence de me ralentir ni celle d’apprécier ce qui m’entoure. Tu me calmes. La capacité de méditer n’est pas donnée à tout le monde. Tu me l’enseignes gratuitement. Merci poisson. Ah ! si nous savions parler poisson.

Pratique élitiste  le « catch and release » ?  Peut-être à ses débuts mais pas aujourd’hui. À défaut de respecter le poisson, respectons l’activité même. La concentration de pêcheurs et le perfectionnement du matériel de pêche, aujourd’hui, sont tels que plusieurs lacs et rivières seraient vides si le « prends et relâches » n’existait pas. 

C’est aussi un signe de respect : pour le pêcheur qui nous suivra et pour la prochaine génération. Passez au suivant, vous connaissez ?

Malheureusement, l’inflation crée aujourd’hui l’exception, Le panier d’épicerie coûte de plus en plus cher. Pour certains, la pêche constitue un apport protéinique peu coûteux.  Fermons les yeux sur ceux qui ramènent leurs prises. Nous connaissons la profondeur de la fosse où celles-ci étaient mais non celle du portefeuille de notre ami pêcheur. 

Dernière réflexion, sinon un doute. C’est vrai que rien n’égale la saveur d’une truite  fraichement sortie de l’eau. Le poisson que nous achetons à l’épicerie est-il élevé en respectant l’environnement ? Il semblerait que les fermes d’élevage de poissons sont terriblement polluantes. Le végétarisme comme dernière solution ? Restons au « prends et relâches » pour le moment…

Mais la prochaine fois que vous prendrez un poisson, demandez-vous alors : on le relâche ? Et n’hésitez pas trop. Celui que vous tenez dans vos mains trouve le temps long. Cette question mérite peut-être d’être résolue avant d’y être confrontée. C’est un peu comme arrêter de fumer. Une fois l’étape franchie, il n’y a pas de retour en arrière. Parole de poisson. Je nage jamais de reculons.

Par Monsieur Mots