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Le Saint-Denisien

L’éducation

Par Yvon M. Daigle (1939-20??), B.A., L.Th., M.A., Ph.

, 22 septembre 2026

Pour une révolution du système scolaire

À ceux et celles qui ont la responsabilité de préparer notre société de demain,

L’éducation est sans doute l’un des outils les plus puissants dont dispose une société. Elle peut servir à reproduire le monde tel qu’il est, mais elle peut aussi donner aux nouvelles générations les moyens de le transformer.

L’histoire nous rappelle d’ailleurs que l’éducation et la pensée libre ont souvent représenté une menace pour les pouvoirs établis.

SOCRATE (470-399 av. J.-C.), le grand philosophe grec, fut condamné à mort pour, disait-on, avoir corrompu la jeunesse. La vraie raison était plutôt qu’il enseignait l’importance du « connais-toi toi-même », une idée qui remettait en question le statu quo politique et intellectuel de son époque.

JÉSUS (0-33), en bon gnostique qu’il était, enseignait que Dieu — l’énergie fondamentale de toute chose — résidait dans le cœur de chaque homme et de chaque femme. Une telle affirmation remettait en question le pouvoir d’intermédiaire entre Dieu et les hommes que les grands prêtres croyaient détenir. On dit que Jésus fut crucifié et mis à mort.

CHARLEMAGNE (742-814) donna l’ordre, en 789, de rendre l’enseignement obligatoire dans les monastères et les évêchés afin de former les administrateurs et les prêtres de son empire. On ne questionne pas les ordres d’un empereur.

En Occident, sous le contrôle étroit des autorités politiques et religieuses, nous avons longtemps subi les effets d’une conception essentiellement utilitaire de l’éducation. Ce modèle, qui a profondément marqué nos institutions, commence à peine à être remis en question.

À la fin des années 1950, des institutions d’enseignement, telles que l’Université Laval et l’Université de Sherbrooke, si je ne fais pas erreur, étaient encore fortement liées à l’autorité religieuse, et le latin occupait une place importante dans nos collèges et nos universités.

Mais le monde a changé.

La démocratie a remplacé en grande partie les anciens pouvoirs politiques, les églises se vident et la société québécoise s’est profondément transformée.

Il est donc grand temps de nous demander si notre système d’éducation est encore adapté au monde dans lequel nous vivons.

Nous sommes désormais plongés dans un monde nouveau : celui de l’intelligence artificielle, des robots, des ordinateurs quantiques et de technologies dont nous commençons à peine à mesurer les conséquences.

Déjà, ces transformations bouleversent le travail, les communications, les arts, les sciences et une multitude d’activités humaines.

Et pourtant, nous continuons souvent à préparer les jeunes comme si nous vivions encore dans le passé.

Pourquoi?

Pourquoi former principalement des jeunes à occuper une fonction, alors que plusieurs des fonctions qu’ils exerceront demain n’existent même pas encore?

Pourquoi continuer à mettre autant l’accent sur le « faire » alors que nous devrions peut-être commencer par nous intéresser davantage à l’être?

Après 22 années d’études, 28 années d’enseignement de la philosophie dans un collège et 50 années de carrière internationale comme peintre naïf autodidacte, je me permets de proposer quelques pistes de réflexion pour nous aider à récupérer le temps perdu.

Quatre propositions

1. Concentrons l’enseignement sur L’ÊTRE plutôt que sur LE FAIRE.

Apprenons d’abord à nos jeunes à se connaître, à réfléchir, à questionner, à comprendre leurs émotions et à donner un sens à leur existence.

2. Mettons en place des services favorisant le développement du corps.

Le développement de l’être humain ne peut se limiter à l’intellect. Le corps, le mouvement, la santé et l’équilibre personnel doivent faire partie intégrante de l’éducation.

3. Créons des espaces consacrés à la méditation et à la connaissance de soi.

Permettons à l’étudiant et à l’étudiante de faire une pause, de se retrouver et de réfléchir à la grande question : « Qui suis-je ? »

Platon (427-347 av. J.-C.) parlait de réminiscence. Il s’agit ici de faire le vide, de se tourner vers l’intérieur afin de rejoindre cette énergie fondamentale de toutes choses et de découvrir ce qui se trouve au plus profond de soi.

4. Créons des espaces pour favoriser la créativité sous toutes ses formes.

La créativité deviendra de plus en plus importante dans un monde où les machines et l’intelligence artificielle accompliront une part croissante des tâches autrefois réservées aux êtres humains.

Le monde de demain risque d’offrir aux humains beaucoup plus de temps libre.

Préparons-les donc à en faire quelque chose de constructif, de créatif et d’heureux.

Au lieu de préparer les étudiants à la chaîne afin qu’ils puissent mener une vie à la chaîne, préparons-les plutôt à devenir des personnes indépendantes, libres, créatrices et heureuses.

C’est peut-être cela, au fond, la véritable mission de l’éducation.

Non pas simplement fabriquer des travailleurs capables de répondre aux besoins d’un système, mais former des êtres humains capables de penser, de créer, d’aimer, de choisir et de donner un sens à leur vie.

C’est cette révolution de l’éducation que je souhaite voir commencer.