Louis Racine (1932-2026). Crédit photo : Hubert Hayaud.
Notre ambassadeur culturel revient sur la mort de son père, en juillet dernier. Louis Racine, établi à Saint-Denis depuis 1972, était un amoureux de notre territoire et des gens qui y vivent. Il laisse d’ailleurs un vif souvenir à plusieurs d’entre nous.
Je marche dans la maison et partout je te vois.
Je marche autour de la maison et partout je te vois.
Rien ne rend quelqu’un aussi présent que son absence.
Aujourd’hui, on va mettre tes cendres en terre, dans le petit cimetière aux abords du village. Il allait de soi que tu reposes ici, où tu as planté tes racines il y a plus d’un demi-siècle et où tu voulais finir tes jours. Saint-Denis, qui t’a donné tant de joies et auquel tu voulais donner en retour. Tu l’auras fait de mille et une façons, en présidant le comité de parents de l’école primaire, par exemple, ou encore en contribuant au Saint-Denisien durant les premières années de sa publication !
Tu auras aimé ce territoire passionnément, à commencer par les cent trente acres de la terre familiale. Combien d’étés tu auras passé à baliser les sentiers, à reboiser les champs d’autrefois, à retaper la grange quand elle se mettait à couiner un peu trop dans le vent. Combien d’hivers t’auront vu préparer la saison des sucres, faisant l’inventaire des chalumeaux à remplacer et réparant sans relâche le poêle antique avec ton ami Denis Gaulin, parti lui aussi cet été, quelques semaines avant toi.
La forêt est orpheline, aujourd’hui. J’y marche en pensant à toutes ces fois où tu m’y as pris sur tes épaules, petit. À ces fois, plus récemment, où c’est moi qui t’ai soutenu dans les sentiers. Je pense à toutes les saisons qui ont couru entre les deux, durant lesquelles la vie nous a servi le meilleur comme le pire, et où ces lieux et ta façon de les habiter ont été la plus rassurante des assises, le plus constant des repères.
Je pense à cet après-midi d’avril où, assis sur le ski-doo, à la lisière des entailles, tu m’avais dit : « Y a-tu quelque chose de plus beau qu’une érablière au printemps ? » Ce n’était pas une question. Le soleil étirait des doigts de lumière entre les arbres, ce jour-là, la forêt était magnifique en effet, vibrante des sèves qui montent et des promesses du renouveau.
Je me souviens de nos longues discussions au coin du poêle, de nos envolées philosophiques de sucriers, et je me dis qu’une fois encore il y a une leçon à tirer des longues heures à bouillir l’eau d’érable : il faut parfois laisser la matière s’évaporer pour que l’essentiel demeure.
Tu vas nous manquer, infiniment, mais je sais que tu habites le paysage, maintenant, et que la forêt va longtemps continuer de me parler de toi.