Le 8 mars est la journée choisie pour reconnaître et souligner, à l’échelle mondiale, les réalisations sociales, économiques, culturelles et politiques des femmes et des filles1. Au Québec, c’est Le Collectif 8 mars qui est responsable de souligner annuellement la Journée internationale des droits des femmes, et cette année le thème se nomme: Encore en lutte. Oui, parce qu’en 2025, la lutte continue encore pour faire avancer les droits des femmes et des filles, pour promouvoir l’égalité des sexes et l’accès aux femmes à des postes de pouvoir et de décision. Présentement, seulement 18 pays ont une femme comme chef d’État, et seulement 17 pays ont une femme comme chef de gouvernement2. Le visuel très évocateur créé par Le Collectif 8 mars et accompagnant le slogan, Encore en lutte, illustre bien toute la fragilité des droits acquis et défendus par les femmes depuis des années: l’horloge qui se dérègle, le temps qui avance, les nuages indiquant les tempêtes et les luttes à venir. Mais comme la petite araignée, les femmes tissent leur toile et continuent de construire un monde plus juste, égalitaire et inclusif envers les filles et les femmes.
Voici trois itinéraires empruntés par des femmes d’ici à explorer et à redécouvrir
Certaines femmes ont tracé leur chemin en Estrie et laissé leurs empreintes, mais elles sont souvent demeurées dans l’ombre ou on les a complètement oubliées. C’est le cas d’Anna Canfield. Femme influente et cofondatrice de Sherbrooke, elle a vécu dans l’ombre de son mari Gilbert Hyatt. Originaire du Vermont, elle suit son mari et s’installe à Sherbrooke. En 1812, elle achète les terres que son époux avait perdues. Elle deviendra propriétaire d’une portion du centre-ville. Une première pour l’époque. D’ailleurs, un portrait d’Anna Canfield immortalisé par Adèle Blais3, se trouve maintenant dans la salle du conseil municipal de l’Hôtel-de-Ville de Sherbrooke.
Florence Louise Bradford, native de Saint-Élie d’Orford et infirmière obstétricienne, tient une clinique privée de maternité pour mères célibataires de 1915 à 1949, d’abord rue Frontenac, ensuite dans une grande maison de la rue High à Sherbrooke. Elle ouvre sa porte à ces jeunes femmes rejetées de la société de l’époque. En plus d’assurer un accouchement sécuritaire, elle accompagne les jeunes femmes dans leur décision de garder ou de donner l’enfant en adoption et les encourage à poursuivre une formation ou à trouver du travail4. Elle a accueilli et aidé plus de 8 000 jeunes femmes provenant de tous les milieux sociaux à reprendre leur vie en main à l’époque où elles étaient rejetées avec leur enfant. En 19845, lors de la Journée internationale de la femme, le comité de toponymie nomme un mont en son honneur. Il s’élève à 502 mètres d’altitude du côté ouest du lac Bowker. L’autrice, Aline Élie6, retrace la vie de cette pionnière dans le récit biographique, La mère des mères.
Le nom de Monique Béchard7 ne vous dit rien? Pourtant, elle fut la première femme québécoise à obtenir un doctorat en psychologie en 1947 et la première femme à enseigner à l’université de Sherbrooke. À l’époque, peu de femmes se trouvaient sur le marché du travail et elles entreprenaient encore moins des études supérieures. D’ailleurs, dans les années 40, beaucoup pensaient qu’une femme qui entreprenait de longues études se dénaturait! Monique Béchard, surnommée la Simone de Beauvoir québécoise, a défendu le droit des femmes à accéder aux études supérieures.
1. https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/commemorations-celebrations/journee-internationale-femmes.html
2. https://www.unwomen.org/fr/articles/faits-et-chiffres/faits-et-chiffres-leleadership-et-la-participation-des-femmes-a-la-vie-politique
3. Adèle Blais, artiste peintre-collagiste québécoise, fait des portraits de femmes fortes oubliées ou méconnues.
4. https://www.lerefl etdulac.com/infolettre/chronique-pourquoi-un-mont-florence-louise-bradford-a-orford, 2024
5. https://toponymie.gouv.qc.ca/
6. Aline Élie, enseignante, traductrice, autrice de La mère des mères, récit biographique, Éditions GID
7. Monique Béchard, une québécoise pour l’éducation des femmes, Gabriel Martin, Fleurdelysé
Photo d’entête de Kristina Paukshtite